español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Rencontre ’Vivre en paix dans un monde de diversité’ (mars 1993)

La confiance et ses excès ou le risque de malentendus par manque de concertation

Michel SAUQUET

04 / 1998

Cette rencontre s’est tenue en mars 1993 à Paris, après un long et lourd processus de préparation par lequel des " accoucheurs " sont allés rencontrer sur place pendant plusieurs jours des hommes et des femmes de quatre continents confrontés dans leur travail quotidien de développement, de recherche ou de construction de la paix, à des problèmes interculturels. De nombreux témoignages ont ainsi été recueillis par écrit et diffusés à l’ensemble des participants avant leur venue en mars à Paris pour une réflexion croisée sur l’interculturel.

Nous n’avons pas tiré de cette rencontre tous les fruits attendus, et aucun programme collectif n’a été mis sur pied, malgré l’investissement considérable qui y fut consacré (1 million de FRF, entre les voyages d’accouchement préalable et la tenue de la rencontre internationale à Paris). Dire que rien n’en est sorti serait excessif. En dehors de l’excellent dossier pour un débat " Cultures entre elles : dynamique ou dynamite " coordonné par E.Sizoo et Th.Verhelst (DD34, tomes I et II, FPH)et publié six mois après, des liens ont pu être établis entre des gens qui ne se connaissaient pas encore, et beaucoup des rencontres qui, sur d’autres thèmes, se sont déroulées par la suite, ont bénéficié de la présence ou de l’apport de tel ou tel. Le plus positif de l’affaire a été probablement que la rencontre " DIV " a été le moment où nous avons vraiment pris conscience de la complexité du sujet " interculturel " et où nous avons commencé à comprendre, par exemple avec les attaques d’un Guy Poitevin contre l’idéalisation de la culture - ce " machin qui ne sert bien souvent qu’à oppresser " -, qu’il était temps de prendre un peu de champ par rapport aux simplifications abusives du milieu associatif et tiers-mondiste.

Malgré tout cela, une certaine impression de " ratage " nous a un peu accablé à la fin de la rencontre et dans les mois qui ont suivi. Quelles leçons en retirons nous avec cinq ans de recul (déjà !)? Deux essentielles :

Première leçon : il y a, dans une rencontre, des limites au mélange des origines des participants et à l’ouverture de son thème.

Bien sûr, il est séduisant de permettre le dialogue d’un psychiatre savoyard, d’une militante palestinienne, d’un technologue andin, d’une enseignante suisse, d’une Brahmane impliquées au service des basses castes du Maharashtra, d’un universitaire crétois orthodoxe, d’une éducatrice brésilienne, d’un jésuite de Taïwan et de bien d’autres encore. Mais nous avons été trop loin dans la diversité. Si, de plus, une telle volonté de diversité s’accompagne d’une réaffirmation d’un des principes de méthode des rencontres à la Fondation suivant lequel " il n’y a pas d’ordre du jour plus important que celui de s’écouter mutuellement ", on se prépare à une rencontre infiniment conviviale mais infiniment peu productive. C’est bien ce qui s’est passé.

Deuxième leçon : une rencontre doit être portée par la même équipe de sa conception à son achèvement et à ses lendemains.

Se sont produits, dans ce cas là, quelques malentendus, et un certain ratage au niveau de l’animation, curieusement liés à l’intensité de l’amitié et de la confiance mutuelle qui règne au sein de l’équipe FPH. En résumé : suite à une rencontre avec l’équipe Dasen en Suisse, Pierre Calame, président de la FPH, rédige un projet de rencontre sur le thème " diversité des cultures " (cf DIV, un programme de travail de la Fondation), en pensant que Dasen est disposé à la porter. Comme ce n’est pas le cas, il la confie à l’équipe COM/DIV de la FPH (Catherine Guernier et Michel Sauquet)en partenariat avec le réseau Sud-Nord Cultures et Développement. Le travail préparatoire se déroule si bien, grâce à l’excellente collaboration de ce réseau, que Pierre en vient progressivement à penser que l’idée même de la rencontre vient de nous, au point qu’il ne juge pas indispensable d’être lui-même présent pendant l’événement. C’est là que les choses se compliquent : certes, nous n’avons pas manqué d’enthousiasme pour mener à bien l’excellente idée de Pierre, mais suivant un mécanisme défini par lui, et que nous avons négligé de discuter, de réfléchir par nous-mêmes pour mieux nous l’approprier.

Résultat : Pierre, de retour du Canada, ouvre la rencontre le lundi matin après une nuit de traversée de l’Atlantique, puis il est convenu qu’il laisse tout le monde travailler et revient le dernier jour. Catherine et moi nous partageons le travail : j’anime la réunion, elle assure l’ensemble de l’accompagnement logistique. Ne sachant plus trop qui mène la danse, de fait je n’anime pas grand chose, et j’invite Pierre, le vendredi, à la réunion où les décisions doivent être prises. J’ai fait de mon côté ma propre synthèse, Pierre fait la sienne en public, déçu du manque de propositions, et la réunion s’achève d’une drôle de manière : les deux tiers des participants disent qu’ils n’ont jamais participé à une réunion aussi formidable, un tiers ne dit rien, et Pierre, Michel et Catherine ressortent de tout cela profondément frustrés. Si frustrés que de fait, il faudra deux ans pour que le programme DIV de la FPH redémarre sur des bases complètement neuves et prenne la dynamique que l’on connaît aujourd’hui (axe Chine et Japon, Tour de Babel et Bibliothèque interculturelle). Tout le monde a cru bien faire, personne n’a voulu froisser personne, et nous nous sommes un peu plantés.

Mots-clés

méthodologie, diversité culturelle, construction de la paix, échange de savoirs, interdépendance culturelle


, France

Commentaire

Deux messages forts ressortent de ce récit d’expérience :

- l’interculturel a ses limites, il faut être conscient de cela et savoir les pressentir pour tâcher de gérer au mieux les diversités culturelles.

- La coordination entre les organisateurs et l’initiateur, et entre les organisateurs eux-mêmes est essentielle. Pour travailler collectivement, il faut prendre le temps de partager ses attentes, son imaginaire, les objectifs et méthodes d’action. Sans quoi on prend le risque de créer des malentendus entre les organisateurs, mais aussi avec les participants eux-mêmes.

Notes

Le commentaire de cette fiche a été rédigé par Lydia Nicollet.

Source

Récit d’expérience

(France)

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

contact plan du site mentions légales