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Capitalisation : l’objectif de l’autoformation

Pierre DE ZUTTER

07 / 1993

Le premier bénéficiaire d’une capitalisation d’expérience, c’est d’abord celui qui capitalise, car rien de tel que la capitalisation pour se former, pour transformer en connaissance l’expérience que l’on a accumulé. La capitalisation est ou pourrait devenir un des piliers de l’autoformation. Il y a de nombreuses raisons à cela.

Réfléchir sur sa pratique est toujours source d’apprentissage, d’amélioration. L’autoévaluation a donc été longtemps l’une des principales pistes que je recommandais lorsque l’on me demandait conseil pour l’autoformation. Mais il était évident que celle-ci est bien plus utile lorsqu’elle se fait en équipe. Non seulement à cause des possibilités de débats, à cause des voix et opinions multiples qui apparaissent. Surtout parce que l’on se voit obligé d’exprimer. Et exprimer c’est se former.

C’est là une des relations les plus importantes entre la communication et l’éducation. Lorsqu’on se met en situation de devoir exprimer à d’autres pour communiquer ensemble, on se voit obligé à donner forme, à formuler ce qui souvent était latent, peu clair. Très souvent bien des idées surgissent à ce moment-là que l’on n’aurait jamais imaginées quelques minutes auparavant. En exprimant (chacun à sa manière, ce peut être oralement, en dessinant, par des gestes, par écrit, etc.), en formulant, on se forme.

Or l’un des buts prioritaires de la capitalisation c’est le partage, c’est mettre au service de tous les acquis de l’expérience. Capitaliser c’est s’obliger à exprimer et c’est donc se former.

De plus, capitaliser l’expérience est souvent une sorte de thérapie pour reprendre des moments conflictifs et traumatisants qui créèrent des blocages à partir desquels on cessa d’apprendre, d’évoluer, de s’améliorer, de s’autoformer. Nos pratiques de capitalisation regorgent de ces moments où toute l’expérience acquiert une nouvelle dimension et apporte une nouvelle richesse parce qu’un blocage vient de sauter. Ne pas capitaliser c’est parfois se condamner à ne pas dépasser des rages ou des frustrations qui empêchent de reprendre un capital de leçons qui pourrait être important. C’est sans doute ce qui m’arrive encore à propos des trois années de collaboration avec le Cicda dans les Andes, dans les années 80, où je n’ai pas capitalisé mon expérience personnelle.

Et puis (c’est ma propre expérience avec mon travail au Honduras en 1978-1979) capitaliser c’est se décharger de l’expérience, prendre du recul en précisant l’émotion et la connaissance acquise, pour pouvoir entreprendre à nouveau avec créativité, sans s’enfermer dans la simple répétition, donc pouvoir continuer à s’autoformer.

Capitaliser c’est s’autoformer soi-même. Mais c’est également collaborer directement à l’autoformation des autres. Dans la mesure où l’expérience est racontée et interprétée avec son vécu, elle permet à chacun de reprendre à son tour sa propre expérience et de la regarder avec des yeux nouveaux, avec un regard plus attentif sur certaines choses, elle lui permet donc d’améliorer sa propre autoformation.

L’autoformation est ainsi devenue un objectif principal de nos pratiques. Elle inspire la manière de faire, les rythmes, etc. Elle guide également les mises en forme pour la diffusion. Car il ne s’agit pas seulement de partager l’acquis de l’expérience mais également la manière de cette acquisition, afin que les autres ne soient pas confrontés à un simple résultat et sa démonstration, mais soient stimulés à replonger dans leur propre cheminement, dans leur propre apprentissage. Donc il ne s’agit pas d’« enseigner », d’« instruire », sinon d’apporter à l’autoformation de tous.

Mots-clés

autoévaluation, communication, éducation, autoformation, capitalisation de l’expérience


, Amérique Latine, Honduras, Pays andins

dossier

Des histoires, des savoirs et des hommes : l’expérience est un capital, réflexion sur la capitalisation d’expérience

Commentaire

L’importance accordée à l’objectif de l’autoformation inspire également notre recherche de multiples formes et supports de diffusion, car tous n’ont pas besoin du même détail dans l’information, dans le sentiment, dans l’évolution. Des acteurs locaux et un public lointain n’auront pas nécessairement la même demande, ni un vieux routier et un débutant, etc. Or le processus de capitalisation offre généralement tant de matériel potentiellement utile à d’autres qu’il vaut la peine d’essayer d’en profiter au maximum.

Notes

Le CICDA=Centre International de Coopération pour le Développement Agricoleest une ONG française réalisant des projets de développement rural dans les Andes. Le livre du Honduras a été édité à Lima - Pérou (1980, puis 1986), par Editorial Horizonte, sous le titre « ¿Cómo comunicarse con los campesinos? Educación, capacitación y desarrollo rural », 194 p.

Fiche traduite en espagnol : « Capitalización: El objetivo de autoformación »

Ce dossier est également disponible sur le site de Pierre de Zutter : p-zutter.net

Version en espagnol du dossier : Historias, saberes y gentes - de la experiencia al conocimiento

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