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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

WWF et UNIVELER

Les liaisons dangereuse d’une ONG et d’une multinationale

Emmanuel JEUDY

04 / 1998

Au fur et à mesure que progressent les idées du commerce équitable, de nouvelles alliances naissent. C’est ainsi que ce sont associés WWF, (World Wildlife Foundation)et Unilever. Il s’agit respectivement d’une ONG environnementaliste et d’une entreprise alimentaire, toutes deux de taille internationale.

Surexploitation et gaspillage des ressources halieutiques

70 % des stocks d’espèces maritimes commercialement importantes sont surexploités, et donc en extinction ou en lente récupération ; les prises accessoires - poissons mais aussi oiseaux, tortues, mammifères - représentent chaque année de 18 à 40 millions de tonnes gaspillées. Les pêcheries modernes ont atteint la limite des ressources des océans. Des solutions à long terme doivent être trouvées pour sauvegarder cet environnement. Pour WWF et Unilever, elles doivent dorénavant être incitées économiquement, c’est-à-dire mises en application par le marché.

Se basant sur l’exemple du FSC (Forest Stewardship Council) qui a réduit la destruction des forêts mondiales en laissant agir le marché, WWF et Unilever ont joint leurs efforts pour mettre sur pied un organisme indépendant, le MSC (Marine Stewardship Council). Son but est de définir des critères pour identifier des pêcheries durables. Celles-ci rempliraient des standards pouvant être contrôlés par des entreprises de certification dûment accréditées par le MSC. Les intermédiaires seraient encouragés à acheter des poissons issus de ces pêcheries et ces produits seraient marqués d’un logo permettant aux consommateurs de choisir entre ces produits et les autres.

Une alliance ambitieuse

Le partenariat du WWF et d’Unilever de février 1996 a donc abouti à la création en février 1997 du MSC. Celui-ci prévoit l’apposition de logos sur les produits issus des pêcheries pour l’année 1998. Entre-temps, le MSC organise des sessions de travail devant incorporer le plus d’acteurs possibles afin d’affiner l’analyse des critères à retenir. Pour les prochaines années, des tests de certification seront conduits sur des pêcheries et Unilever souhaite n’utiliser que des produits issus de pêcheries dirigées selon les principes du MSC dès l’année 2005.

Des critiques

Evidemment, une proposition aussi ambitieuse n’a pas manqué d’attirer l’attention et ne laisse pas indifférent. Certes, certaines critiques prennent en compte le fait que le MSC est jeune et qu’il est susceptible d’évoluer. Mais des attaques plus fondamentales lui sont portées.

Tout d’abord les principes à suivre ne sont pas connus précisément. Le MSC martèle ses principes, ses buts et ses moyens mais il est difficile de trouver des exemples. Dans la profession même, le qualificatif responsable, associé à la pêche, n’est pas clairement défini. A la vue du calendrier du MSC, il est à craindre une certaine précipitation.

Ensuite, le constat sur lequel se base ce conseil est que les transformateurs n’ont plus assez de quantités de poissons, que les pêcheurs ont de faibles revenus et que les consommateurs trouvent les prix trop élevés. Mais comment peut-on alors laisser agir le marché pour changer tout en même temps ? Celui-ci n’ayant pas un fonctionnement démocratique, ce sont les plus forts financièrement qui imposent leurs vues. On pourrait ainsi voir les consommateurs et les entrepreneurs s’imposer au détriment du reste de la filière. Un changement des politiques de pêches serait sans doute plus souhaitable qu’un label, afin de ne pas laisser à des acteurs privés - comme WWF et Unilever - la gestion d’un bien public.

Décisions au Nord, exécutions au Sud

De plus, les ateliers de travail du MSC ont, jusqu’à présent, eu lieu dans des pays riches. Il a été fait peu de cas des positions des pays en développement. La responsable du secteur "pays en développement" pour le MSC est d’ailleurs bien peu aguerrie sur ces questions. Certains propos de Carl-Christian Schmidt, responsable du projet MSC, laissent aussi peu d’illusions sur l’issue libérale du MSC : la vente des quotas de pêche par un pays du Sud à d’autres pour qu’ils (sur)exploitent ses ressources est le jeu naturel du marché et ne serait en aucune façon blâmable. De là à dire que ces ateliers décident au Nord ce qui sera appliqué au Sud, il n’y a qu’un pas qui est franchi régulièrement dans les critiques. Et certains de trouver immoral que ce soit justement une compagnie exploitant les ressources des nations les moins favorisées qui se réclame du développement durable.

La critique sociale est introduite par rapport aux pays du Sud : la pêche artisanale et vivrière, fortement consommatrice de main-d’ouvre, y est très répandue. Celle-ci a été considérablement réduite par l’intensification des techniques de pêche et la concurrence des flottes océaniques dans le cadre des accords de pêche. En avançant dans les négociations, la question sociale pourrait apparaître, dans la pêche commerciale, comme anachronique et, dès lors, devant s’effacer devant la seule cause environnementale. D’autre part, les critères retenus favoriseraient des pratiques de pêche standardisée, ce qui ne laisse l’accès au label que pour la pêche industrielle et non à la pêche artisanale. Ainsi le MSC risque de favoriser une pêche intensive, quitte à réduire globalement l’effort de pêche ; à moins d’élargir la base des négociations.

Enfin une pêche soutenable ne peut probablement pas rendre ses produits accessibles à tous. Au Nord alors de se questionner sur ses habitudes alimentaires, en parallèle au mode de production qu’elles supposent. C’est l’approvisionnement de masse contre le soutien aux communautés de pêcheurs et le développement harmonieux des pêcheries artisanales.

L’initiative ne doit pas être simplement condamnée, car elle ira à son terme. Seulement elle doit être accompagnée par le plus d’acteurs possibles. Toute la différence peut être contenue dans le processus de décision de ce qui va faire son cahier des charges, c’est-à-dire son potentiel démocratique et multilatéral, avec sa faculté à inclure, en sus des préoccupations environnementales, des considérations sociales.

Mots-clés

gestion des ressources naturelles, commerce équitable, pêche, commercialisation, multinationale, ONG


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dossier

Pour un commerce équitable : expériences et propositions pour un renouvellement des pratiques commerciales entre les pays du Nord et ceux du Sud

Source

Articles et dossiers

O'RIORDAN, Brian, Second best solution, 1997/07, MSC Newsletters. Fisheries, Trade and the Environment : Some Issues of Concern, International Collective in Support of Fishworkers, Symposium OMC des ONG sur le commerce, l'environnement et le développement durable, Genève, Suisse, 17-18 mars 1998. Second-best solution, par Brian O'Riordan, article paru dans Samudra, n°18, juillet 1997. A view from the Third World, article paru dans Samudra, n°15, août 1996, Pour plus de renseignement contacter : Alain LE SANN, Pêche et Développement c/o CRISLA, 1 avenue de la Marne, 56000 Lorient, France. Tél. : 02 97 64 64 32. Fax : 02 97 64 24 57. Courrier électronique : crisla@globenet. org, Rémi MONGRUEL, INRA/Solagral, 3191 route de Mende, BP 5056, 34033 Montpellier, France.

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