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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Pour un commerce équitable : expériences et propositions pour un renouvellement des pratiques commerciales entre les pays du Nord et ceux du Sud

Coordonné par Odile Albert, CDTM-RITIMO

1998

Le mouvement du commerce équitable est né d’un constat : plutôt que d’apporter une aide financière aux pays en développement, mieux vaut leur donner les moyens de se développer eux-mêmes. Expression de la solidarité des consommateurs du Nord, le commerce équitable, basé sur le partenariat, ouvre des marchés à de petits producteurs du Sud qui, faute de moyens financiers et d’expérience, sont marginalisés. Expression de la volonté de faire évoluer le commerce international dans le sens de plus de justice et de durabilité, le commerce équitable doit montrer qu’une alternative viable est possible.

L’organisation du commerce équitable a beaucoup évolué depuis une trentaine d’années. Les expériences menées par la société civile se sont multipliées, les structures se sont diversifiées. Les Magasins du monde, les labels (pour les produits), les codes de conduite (pour les firmes), forment avec les normes sociales et environnementales élaborées par les institutions publiques, une nébuleuse à la fois active et désordonnée. Ceci d’autant plus que les alliances foisonnent et entraînent dans leur sillage des acteurs variés (associations de consommateurs ou de protection de la nature, syndicats, ONG de développement, organisations de citoyens, entreprises privées, etc.).

La loi du plus fort n’est pas une fatalité

Les motivations des acteurs du mouvement équitable sont pourtant similaires : le refus d’un certain désordre établi, issu d’un processus de mondialisation non maîtrisé, dans lequel seuls les plus forts peuvent s’en sortir, et qui abandonne au bord de la route du développement des franges importantes de populations, au Nord comme au Sud. Les objectifs des protagonistes de ce commerce alternatif sont largement concordants, même s’ils s’expriment de façon différente. Il s’agit de réconcilier l’économique et le social, de moraliser et de réguler les pratiques du commerce mondial, pour que l’intérêt général soit davantage pris en compte dans les stratégies individuelles des acteurs dominant le marché (les multinationales notamment). Les organisations de commerce équitable tentent de le faire de façon concrète, par la constitution de circuits de distribution, fonctionnant selon des règles spécifiques. Les organisations non gouvernementales (ONG), qui portent leur attention sur les entreprises privées et sur les politiques publiques, cherchent à réformer de l’intérieur le système en vigueur. Les moyens mis en oeuvre peuvent, d’ailleurs, varier sensiblement, entre par exemple un réseau de Magasins du monde travaillant principalement avec des circuits parallèles et une entreprise privée mettant en place une charte interne pour lutter contre le travail des enfants.

Des consommateurs de plus en plus déterminés

Le mouvement équitable connaît une forte progression depuis le début de la décennie. Nous traversons en effet une période favorable à l’évolution des mentalités et des pratiques, tant sur le plan social, qu’économique et politique. La consommation engagée progresse et ne peut plus être considérée comme un phénomène de mode. L’achat équitable est avant tout un acte citoyen. « Nombre de consommateurs des pays occidentaux sont conscients que la richesse mondiale est distribuée de façon très inégale, et que les produits qui leur sont offerts sont beaucoup trop bon marché pour donner aux producteurs des pays en développement la garantie d’une vie décente » (Max Havelaar/Transfair). Informé sur les conditions de production et sur la manière dont sont rémunérés les différents acteurs de la filière, le citoyen devient alors un consom’acteur.

En 1995, une enquête du Crédoc, Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie en France tendait à démontrer que face aux inquiétudes sociales, la consommation engagée était en progression. En l’espèce, 54% des Français se disaient incités à acheter un produit dont le fabricant soutenait une cause humanitaire, alors qu’ils n’étaient que 40% trois ans auparavant. La cause humanitaire recueillait surtout la sympathie des plus jeunes et des plus âgés. En France toujours, le Comité catholique contre la faim et pour le développement, CCFD, publie chaque année le Baromètre de la solidarité internationale où il apparaît notamment que, depuis 1996, l’action par la consommation mobilise de plus en plus de Français. Quand il s’agit d’aménager la concurrence internationale ou d’améliorer les conditions de travail des salariés du tiers-monde, plus des deux tiers des personnes interrogées se disent prêtes à faire pression sur les gouvernements, à acheter plus cher des marchandises d’importation et même à participer à des campagnes de boycott (la mobilisation à travers la consommation remportant un vif succès auprès des jeunes actifs de 25 à 34 ans). Plus récemment et au niveau communautaire, une enquête d’Eurobaromètre (institut de sondage de l’Union Européenne) est venue confirmer ces tendances fortes de l’engagemetn citoyen et les préciser dans le cas particulier du commerce des bananes équitables : de plus en plus d’Européens connaissent et achètent des produits équitables ; un nombre significatif d’entre eux seraient même prêts à payer plus cher des bananes dont le mode de production et de commercialisation respecte certains principes d’équité. 10% du marché européen de la banane pourraient ainsi relever du commerce équitable ! Au niveau national, on peut citer l’Autriche, où 70% des personnes interrogées déclarent connaître les produits équitables, et où 25% seraient prêtes à payer un prix plus élevé (ce dernier chiffre est de 15% en Italie et aux Pays-Bas, 12% en Espagne, et de 68% au Royaume-Uni ! ).

De la mobilisation des consommateurs aux comportements des entreprises

Ces changements dans l’altitude des consommateurs ont incité certaines entreprises à modifier leurs pratiques commerciales avec leurs fournisseurs du Sud, sous la pression le plus souvent de campagnes organisées par des collectifs d’ONG. En Suisse par exemple, depuis 1983 une clause sociale est insérée dans le partenariat entre le grand distributeur Migros et la multinationale Del Monte pour les ananas des Philippines. Elle garantit, dans les plantations, des conditions de travail et des salaires meilleurs, ainsi qu’une utilisation minimale de produits chimiques. Ces ananas coûtent 30% de plus que d’autres marques disponibles en Suisse, mais le consommateur est sûr de payer pour une production écologiquement saine et socialement correcte.

Mais ces progrès sont encore trop ponctuels et isolés. Aujourd’hui, les institutions politiques s’affaiblissent et les entreprises transnationales symbolisent de plus en plus l’ordre économique à elles seules. A ce titre, elles ont une plus grande responsabilité, vis-à-vis des citoyens et des consommateurs, sur le plan social, mais aussi écologique. C’est pourquoi, face à la carence des instances politiques, des régulation privées (de citoyens ou d’entreprises) se mettent en place, sans être toutefois systèmatiques ou concertées.

Les régulations d’origine associative sont marginales ou atomisées, et cherchent un second souffle en se regroupant au niveau européen ou en cherchant de nouvelles alliances - type ONG/entreprises. Sans doute se heurtent-elles désormais aux limites de leur action, qui doit être rationalisée et soutenue par les institutions. Les régulations d’origine entrepreneuriale souffrent de leur disparité et de l’absence de contrôle fiable, qui en fasse de véritables garanties pour les consommateurs. On peut redouter la dilution ou le détournement des objectifs initiaux du mouvement équitable par les firmes les plus puissantes, sources de normes nouvelles qui risquent de répondre davantage à leurs préoccupations particulières ou à des stratégies commerciales opportunistes, qu’à l’intérêt général.

Améliorer les termes des échanges internationaux

Dès lors, quels sont les enjeux pour le mouvement équitable ? Il s’agit d’abord de clarifier cet ensemble de réseaux, d’activités et d’acteurs, pour lui donner une plus grande visibilité par rapport au grand public et aux consommateurs, qui en sont en fait les forces vives. Ce travail préalable permettra de renforcer les contacts avec les institutions, de préciser le rôle de chacun et d’évaluer la portée des actions entreprises, notamment vis-à-vis des producteurs du Sud.

L’enjeu consiste aussi à créer les synergies, à partir des initiatives nombreuses ayant une approche politique diversifiée du commerce plus responsable. Ces actions coordonnées permettront aux réseaux de se renforcer, sur le plan commercial et politique, et ainsi de peser davantage pour changer les conditions de l’échange international, dans le sens de plus de justice. Les parts de marché du commerce équitable ne sont pas à conquérir, elles sont simplement à généraliser.

Laure de Cenival

Solagral, mai 1998

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