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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’intercommunalité c’est ’faire ensemble ce que l’on ne peut pas faire seul’ !

Des petites villes et villages d’Aquitaine choisissent la concertation et la solidarité

Anne Sophie BOISGALLAIS, Jérôme DULAU

09 / 2000

Beaucoup de chrétiens refusent le monde tel qu’il est et agissent pour l’améliorer, dans de nombreux domaines de la vie sociale, économique ou politique. Jean-Claude Conjard, habitant de la périphérie de Toulouse, a choisi de s’engager dans ce qui lui semble être le plus efficace et le plus proche pour réparer les dysfonctionnements sociaux : l’intercommunalité. Pour lui, c’est un outil puissant pour rassembler les moyens d’agir sur un territoire pertinent. Ces moyens ne sont pas seulement financiers mais surtout humains : il faut avant tout constituer une équipe de personnes qui réfléchissent, décident et vérifient ensemble leur action. La culture rurale, avec ses valeurs d’organisation collective, de compréhension des réalités et le sens du temps que lui donne la proximité de la nature, a sans doute quelque chose à proposer à la ville. « L’engagement est gratifiant, explique Jean-Claude Conjard, car on se réconcilie avec soi-même et avec son entourage. C’est une vraie création de voir revivre un homme perdu, lâché par les siens, accueilli dans un logement d’urgence, de voir une jeune maman retrouver ses marques avec un emploi et une place en crèche…  »

L’histoire de l’intercommunalité à laquelle participe Castanet-Tolosan (10 000 habitants), la ville de Jean-Claude, se base sur un cas concret. Quand, dans les années 1973-1975, le groupe Carrefour cherche à s’implanter dans le sud-est toulousain, il commence par démarcher les mairies du secteur et les places en concurrence sur le prix du terrain, le différé de taxe professionnelle, etc. Les six communes démarchées, qui sont aussi les six communes fondatrices du Sicoval (Syndicat Intercommunal d’Aménagement et de développement des Coteaux de la Vallée de l’Hers), décident de s’entendre et de ne pas se faire concurrence pour négocier avec Carrefour le prix des terrains et la taxe professionnelle. Elles décident de vendre un terrain qui devient la base de l’aménagement de la zone d’activités Labège-Innopole : au lieu de coûter aux communes, cette implantation leur rapporte aussitôt. En perdant un peu de leur autonomie de décision, les communes ont tout à gagner de cette opération foncière.

Deux décisions fortes ont été prises alors et constituent la clé de voûte de l’intercommunalité :

- respecter l’identité de chaque commune et ne pas défavoriser les petites communes avec une représentativité proportionnelle au nombre d’habitants.

- la répartition des revenus de la taxe professionnelle obéit à une clé de répartition qui prend en compte de nombreux critères : poids démographique et économique, nombre de logements locatifs, places dans les écoles, etc.

D’autre part, un parti pris de qualité a été adopté concernant l’aménagement de la zone d’activités, de façon à éviter de reproduire la succession de hangars minables et stéréotypés qui caractérisent les entrées des principales villes de France. Le site de Labège-Innopole présente aujourd’hui une architecture agréable, moderne (verre et acier)et originale.

En 25 ans, le Sicoval est passé de 6 à 34 communes, ce qui lui a permis d’effectuer de nouveaux aménagements, notamment en choisissant de ne pas faire une ville nouvelle mais bien de développer des pôles villageois accueillants et respectueux de l’identité de chacun. Pas question non plus d’opposer développement urbain et développement rural, mais au contraire, il faut essayer de les rendre cohérent à long terme, avec une vision à 30 ans. C’est la raison pour laquelle un zonage intercommunal a été entrepris pour déterminer des secteurs urbanisés ou à urbaniser et des secteurs à préserver en bois ou en zones agricoles, et cela a été rendu possible par la politique de répartition des ressources. Pour dire à une commune de préserver ou d’agrandir ses espaces verts ou agricoles, il faut aussi lui en donner les moyens !

En 1996, le Sicoval est passé au statut de « communauté de villes », ce qui a pour effet principal l’élargissement des compétences. Ce qui relevait auparavant des communes est transféré au Sicoval : culture, sport, emploi, aménagement, habitat, tout ce qui touche à la vie quotidienne des habitants.

Jean-Claude Conjard s’est spécialisé dans l’emploi, demandant même de se mettre à mi-temps de son travail afin d’avoir le temps de se consacrer à sa responsabilité élective. Avec la montée du chômage dans les années 80, il a participé à la création d’une association, la BAIE (Base d’accueil interactive pour l’emploi), déployée sur plusieurs communes avec l’aide de l’ANPE et de l’AFPA. Cette association aide les demandeurs d’emplois grâce à des ateliers de recherche d’emploi. Avec le temps, la BAIE a vu son équipe grandir (6 salariés, plus d’un millier de personnes accueillies par an)et a implanté son local dans la zone d’activités de Labège-Innopole.

Le succès de cette zone est tel (400 entreprises, 6 000 salariés)qu’il fallut créer Sicoval-emploi, un service au sein du Sicoval, pour répondre à l’afflux de demandes des entreprises et des travailleurs. Ce service s’ajoute au PLIE (Plan Local d’Insertion par l’Emploi)et à toutes les structures institutionnelles qui existent dans certaines communes (ANPE, Missions locales, organismes intermédiaires…). Le Sicoval veille à la rencontre de tous les acteurs du secteur de l’emploi, afin que ces services bénéficient à tous les habitants du secteur, et non seulement aux plus performants. « C’est un sacré challenge, explique Jean-Claude Conjard, il faut sans arrêt réajuster en fonction des demandes, arbitrer entre les logiques des services, les ambitions des personnes et des structures, mais c’est là toute la noblesse du politique !  »

Mots-clés

milieu rural, réflexion collective, ville, développement durable, emploi, partenariat


, France, Haute-Garonne

dossier

Des ruraux inventent de nouvelles solidarités : initiatives locales de militants du CMR, Chrétiens dans le monde rural

Commentaire

Une commune seule contre Carrefour, la Lyonnaise des Eaux ou Vivendi ne peut pas grand chose, mais à plusieurs, le rapport de force s’inverse, la logique de profit peut s’effacer devant celle du développement solidaire. Autrement dit : « Faire à plusieurs ce que l’on ne peut pas faire tout seul » c’est là tout l’intérêt de l’intercommunalité. C’est-à-dire mener ensemble un réel projet d’aménagement de l’espace, de protection de l’environnement et des milieux naturels, de développement économique… L’ensemble des citoyens, et notamment au CMR, doivent veiller à ce que l’intercommunalité ne devienne pas une « chose d’élus » ou réponde à une simple « logique de guichet ».

Notes

Contact : Jean-Claude Conjard, 3 rue des Eglantines, 31320 Castanet-Tolosan, France - Tél. : 33/(0)5.61.81.78.97 ou 33/(0)6.16.67.13.70 - jcmconjard@libertysurf.fr

Source

Entretien ; Document de travail

Entretien avec Jean-Claude CONJARD Flash spécial sur la coopération intercommunale, témoignage écrit, fiche pour le congrès de Lourdes (mai 2000)- articles du bulletin municipal de Castanet - « L’agglomération toulousaine à l’heure du choix » - Lettre d’information du Sicoval

CMR (Chrétiens dans le Monde Rural) - 9 rue du Général Leclerc, 91230 Montgeron, FRANCE - Tél : 01 69 73 25 25 - France - cmr.cef.fr - cmr (@) cmr.asso.fr

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