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Matière à recycler, manière d’insérer

Une association de lutte contre le gaspillage

Anne Sophie BOISGALLAIS, Jean Marie ANSEL

03 / 2000

Pour prendre la mesure de l’innovation apportée par l’Association de Lutte Contre le Gaspillage (ALCG), il faut se replonger plus de 20 ans en arrière, en 1979, lors de sa création.

A cette époque, il y avait peu de chômeurs et les gens pensaient que si certaines personnes n’avaient pas de travail, c’est qu’elles le voulaient bien. Quant à l’idée de récupération, elle était contraire à la notion de progrès et rappelait les années de restriction.

Aujourd’hui, les deux notions de tri sélectif des déchets et d’insertion sociale des chômeurs sont courantes. A l’époque, elles étaient marginales, alors allier les deux, quelle gageure ! Pourtant, les habitants de Poligny, dans le Jura, ont dès le début adhéré au projet. Heureusement, car si celui-ci était généreux et solidaire, sa réussite reposait uniquement sur la participation de la population...

C’est dans ce contexte, donc, qu’est née l’association de lutte contre le gaspillage, avec l’idée de récupérer les surplus des uns pour donner de l’emploi aux autres. Aujourd’hui, l’utilité sociale de cette association est reconnue de tous : les communes à qui elle rend service en allégeant les décharges, la population à qui elle vend toutes sortes d’objets à petits prix.

Claude Chevassu, chef d’entreprise, militant CMR et l’un des fondateurs du projet, rappelle que cette activité économique avait et a toujours pour but de permettre l’insertion sociale de personnes en difficultés : "Depuis 20 ans, j’ai maintes fois vérifié que le plus grand service que l’on puisse offrir à une personne est de lui demander de rendre service à d’autres. Quand nous avons lancé un appel aux habitants de Poligny en 1979 en leur demandant de déposer devant leur porte cartons, ferrailles, verres et tout objet réutilisable (meubles, livres, vêtements, vaisselle,...), les habitants ont répondu avec enthousiasme : tout le monde pensait en effet que la création d’emplois est préférable à l’assistanat."

Très vite, le "Bric-à-brac", lieu de vente de l’association, attira un nombre impressionnant de clients, montrant par là son utilité sociale. Les Polinois découvrirent que cette nouvelle activité de récupération/vente était assurée par des personnes connues pour avoir des difficultés financières. Naturellement, les habitants de Poligny faisaient de l’insertion, en tissant des liens avec les exclus, dans des rapports de donateurs ou de clients, mais toujours d’égal à égal.

Le but premier de l’association est de permettre à tous une autonomie financière. Depuis vingt ans, l’Association de Lutte Contre le Gaspillage multiplie donc les bulletins de salaires, et les bénéfices de l’année sont systématiquement répartis sur des activités nouvelles. L’ALCG a ainsi participé à la création de 140 emplois dans le secteur des déchets. Tout cela n’est sans doute qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins des personnes en situation difficiles, de plus en plus nombreuses mais, poursuit Claude Chevassu : "Ce qui est important, c’est ce vaste mouvement porteur d’espérance, car les personnes changent de regard sur notre société et sur les exclus du système. Voilà ce qui donne sens à notre action et qui nous fait dire qu’il n’y a pas de fatalité. Aux processus capitalistes qui excluent, nous pouvons opposer d’autres processus plus humains qui donnent une place et une dignité à tous. Si l’association dérange, elle n’a pas été créée pour faire plaisir aux élus : elle est, modestement, une réponse aux dysfonctionnements de notre société. Les militants qui y travaillent s’appuient sur des valeurs humaines universelles qu’ils veulent partager".

Concrètement, l’association de lutte contre le gaspillage a développé des activités auprès des communes par la mise en place depuis 1980 de collectes sélectives de déchets ménagers en porte à porte, de déchets recyclables et d’encombrants en milieu rural. Auprès des entreprises, elle collecte les cartons, plastiques et autres déchets industriels. Auprès des particuliers, l’ALCG fait des débarras à la demande afin de récupérer bibelots, vaisselles, livres, jouets, chaussures, vêtements, literies, électroménager, mobilier, etc. pour qu’ils puissent servir à d’autres. L’action de l’ALCG a permis d’anticiper sur la création de déchetteries et la collecte sélective porte à porte est désormais prise en charge par le département. Depuis 5 ans, 9 000 tonnes de déchets ont été collectées et orientées vers des filières recyclables.

Cette activité économique florissante a permis de faciliter l’intégration et l’autonomie sociales des personnes en difficultés et leur permettre l’accès à la formation et à l’emploi. Ainsi, les salariés se réadaptent à la vie sociale par une démarche d’insertion par le travail. Des projets personnalisés permettent à chacun d’envisager ce qu’il fera en sortant de cette structure d’insertion : les postes de travail sont multiples et adaptables au projet de chacun, afin d’optimiser les chances de réussite de chaque personne. Aujourd’hui, 22 personnes assurent l’encadrement et le fonctionnement de la structure qui accueille en ce moment 63 personnes en CES (contrat d’emploi solidarité)ou CEC ( contrat d’emploi consolidé). Grâce à la mise en place d’une organisation technique qui assure ses prestations économiques, l’ALCG continue de développer ses capacités d’insertion.

Mots-clés

exclusion par l’économique, association, création d’emploi


, France, Jura

dossier

Des ruraux inventent de nouvelles solidarités : initiatives locales de militants du CMR, Chrétiens dans le monde rural

Commentaire

Il ne fallait avoir peur de rien... ou ne pas savoir que c’était impossible pour le faire quand même ! Une telle expérience paraît normale aujourd’hui... mais à l’époque (il y a 20 ans !)ils se sont, sans aucun doute, fait traiter d’inconscients. Cette association a su garder son cap : "demander à l’autre de rendre service" et reconnaître en tout homme et en toute femme une personne utile à la société. Il y a, du coté de Poligny, une intelligence partagée pour avoir su, d’emblée, faire participer les habitants. Quel bel exemple d’économie solidaire.

Source

Articles et dossiers

La 'recup' ou quand l'économique se recycle dans la promotion de l'Homme in. "Agir en Rural", 2000/01 (France), 40

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