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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Engagement dans les mouvements d’Eglise du monde Rural

Du local à l’international

Anne Sophie BOISGALLAIS

06 / 2000

Le mouvement national de la JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne)a forgé l’agriculture d’après guerre et la modernisation des campagnes françaises, plus que ne l’aurait fait un mouvement syndical ou une loi d’orientation nationale. Entre 1950 et 1960, la JAC a redonné aux agriculteurs la fierté du travail de la terre et la conviction qu’une parité était possible avec les autres professions, en terme de revenus et de conditions de vie : « Nous nous sentions capables de changer le monde, de sortir de notre isolement », explique Roger Lelièvre, président départemental de la JAC en 1955 et permanent national en 1960.

Roger Lelièvre et sa femme Simone, animatrice de Coeurs vaillants et âmes vaillantes (mouvement pour les enfants du monde rural)avant de rencontrer son mari à la JAC, sont représentatifs de la génération formée à cette époque dans les mouvements ruraux d’Eglise dont la JAC, le CMR (Chrétiens dans le Monde Rural), la FIMARC (Fédération Internationale des Mouvements d’Adultes Ruraux Catholiques), puis le MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne)sont des piliers. Leurs engagements multiples au triple niveau de leur vie familiale, sociale et professionnelle, rendent compte de la formidable structuration dont le monde rural bénéficie depuis 1945 à travers les mouvements d’Eglise, qui ont un public beaucoup large en monde rural qu’en monde urbain. La formation continue que représente l’engagement des agriculteurs dans ces mouvements explique aujourd’hui la capacité de remise en cause d’une partie de l’expression syndicale agricole (représentée par la Confédération paysanne)face aux grandes orientations imposées par la mondialisation et une certaine conception de la modernisation de l’agriculture.

La JAC a notamment permis aux jeunes d’après guerre de se réinvestir dans leurs fermes familiales, malgré l’attrait de la ville et l’industrialisation qui facilitait la recherche d’emploi. L’exode rural a ainsi été freiné : « Le mouvement nous a puissamment re-motivés pour le travail à la terre et la vie à la campagne. Comme nous ne pouvions nous installer dans nos fermes familiales respectives, nous avons acquis 35 hectares dans le Tarn en 1963 et avons participé à des stages d’installation avec l’appui du SMR (Syndicat des Migrations Rurales)", explique Simone Lelièvre.

L’exploitation, cédée par la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural), était en terrain accidenté, à demi abandonnée. Il leur a fallu construire une maison neuve et un hangar : leur endettement atteignait 85 pour cent… Dans un premier temps Simone et Roger ont produit du lait, mais se sont reconvertis en viande bovine dès 1970 parce que, déjà, « le fleuve blanc débordait » en Europe. Est venue ensuite la diversification vers le lapin, puis la dinde et l’oie. En finale, ils ont opté pour la production fermière (recherche de qualité)et l’accueil des touristes (chambres d’hôte, accueil d’enfants avec animations sur le pain, le lait, la forêt, des jeux de piste…). « On en a bavé… on comprend mieux les autres ». La famille compte quatre enfants et trois d’entre eux ont repris l’affaire familiale.

Les engagements de Simone et Roger sont multiples :

- au sein de la famille, Simone et Roger, qui ont quatre enfants, accueillent plus tard trois enfants de la DASS. Simone a le statut d’assistante maternelle. « Il a fallu gérer les rapports avec nos enfants. Nous restons aujourd’hui en bon rapport avec ces jeunes partis dans la vie, mais cet accueil a bousculé notre vie familiale. Il a fallu leur faire une place dans la maison et dans notre vie quotidienne », confie Simone ;

- au CMR, Roger est président fédéral du Tarn, mais le couple reste attaché à l’équipe de base. En 1971, Roger et Simone ont été sollicités pour prendre une responsabilité de permanents nationaux pour trois ans. Après mûre réflexion, ils ont accepté. Un salarié conduisait l’exploitation. « Les enfants aujourd’hui ne regrettent pas leurs trois années de vie à Paris », ajoute Roger ;

- à la FIMARC. De 1978 à 1986, Roger en est le président. « Au contact des pauvres du monde, nous avons compris que nous étions riches ». Durant deux mandats, Roger a coordonné les activités de la fédération, ce qui l’a entraîné aux quatre coins du monde : Brésil, Rwanda, Québec, Sri Lanka « Nous avons été éberlués de pouvoir vivre une expérience d’une telle dimension et d’une telle intensité » rappelle Simone ;

- localement, Simone est élue conseillère municipale en 1997, sur une liste « d’union de la gauche » selon les critères politiques de l’époque. Des controverses locales ont alors quelque peu pollué le travail de l’équipe qui venait d’être élue. On sait bien que la neutralité n’existe pas en politique, mais au niveau local, une politisation excessive des débats risque de brouiller le travail concret au service de la population. C’est ce qui est arrivé les premières années, au grand regret de Simone. Ce fut cependant pour elle une expérience très intéressante. Au bout de deux mandats, soit douze années, elle s’est retirée, estimant qu’il était temps que quelqu’un d’autre prenne le relais.

- leur engagement syndical va évoluer au milieu des années 70. Très à l’écoute de la contestation sourde qui commençait à monter des campagnes en voie de désertification accélérée, ils ont participé à l’examen critique du système dominant d’agriculture où le « toujours plus » mettait les petites structures en difficulté, tout en diminuant la qualité des aliments produits. Naturellement, ils ont participé à l’émergence du mouvement qui a donné naissance à la Confédération paysanne.

Simone et Roger Lelièvre sont aujourd’hui engagés dans l’aspiration des citoyens sur la préservation de l’environnement, la qualité de l’alimentation et le maintien des emplois. Il y a 40 ans, ils se battaient pour l’allègement de la peine physique des agriculteurs, leur place et leur image dans la société. Cette évolution a été dictée par la conviction de devoir s’engager dans « le combat pour la justice, qui est constitutif de la prédication de l’Evangile, qui est la mission de l’Eglise ». Leur engagement chrétien a effectivement toujours structuré et soutenu leurs diverses militances syndicales, familiales, municipales et professionnelles.

Mots-clés

église catholique, mouvement paysan, exode rural, diversification des productions, tourisme et environnement, citoyenneté, collectivité locale


, France, Tarn-et-Garonne

dossier

Des ruraux inventent de nouvelles solidarités : initiatives locales de militants du CMR, Chrétiens dans le monde rural

Commentaire

Au-delà de leur expérience personnelle, ils constituent ce que Max Weber appelait « l’idéal type » d’une génération de chrétiens engagés pour la justice et la défense des valeurs rurales. L’itinéraire de ce couple de paysans est un exemple concret d’engagement dans les mouvements d’Action catholique, en milieu rural, mais également au niveau international. Des engagements qui ont déterminé les choix d’orientation dans la pratique de ce métier d’agriculteur qu’ils ont choisi d’exercer, mais aussi leurs choix syndicaux pour une agriculture privilégiant la qualité des produits et une ouverture au monde non agricole. Un témoignage qui illustre également de manière forte, le travail de formation auquel ont contribué les mouvements d’Action catholique en milieu rural.

Source

Entretien

Texte issu d’un témoignage de Simone et Roger LELIEVRE

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