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Un centre culturel en mouvement : le centre culturel Jean-Houdremont, à La Courneuve

Laurence BAILLY

04 / 1999

Le travail sur la mémoire, en tant que facteur identitaire, constitue un axe primordial dans la démarche du centre culturel Jean-Houdremont à La Courneuve. Bien que situé au coeur de la cité des 4000, tout proche de la barre Renoir vouée à la démolition, il semble que ce centre avait quelque peu perdu le contact avec les habitants du quartier. Depuis quatre ans, l’équipe s’attache à redonner à ce lieu sa fonction de proximité, à enraciner l’équipement au coeur du quartier. Susciter et propager l’envie de spectacle, montrer que l’on peut construire ensemble, telle est la volonté du centre culturel.

L’équipe a souhaité en faire un lieu vivant, en orientant le travail essentiellement sur la création et non sur la seule diffusion. En quatre ans, onze actions ont réuni un millier de participants de tous horizons, dont environ 20 pour cent de scolaires. Les nationalités, les origines sociales des participants sont très diversifiées : étudiants, retraités, chômeurs ou salariés, Rmistes, en un mot, tout ce qui constitue la ville.

Le centre compte maintenant environ 12 000 spectateurs par an. Le public acquis durant ces quatre années est exclusivement courneuvien. Tous les domaines artistiques sont couverts : arts graphiques, danse, théâtre, écriture... Des artistes en résidence se succèdent, avec pour mission première de créer "la rencontre" avec la population.

Quelques exemples d’actions et de projets

Quels que soient le type de création et le support artistique utilisé, travailler avec la population, à partir de ce que les gens ont à dire est une volonté qui résonne comme un mot d’ordre.

- Le théâtre

"Écoute Bernadette" est un spectacle qui illustre bien cette démarche. Sur les trente-cinq personnes mobilisées à l’origine du projet, vingt-deux se sont réunies pendant trois mois et ont écrit vingt-deux fragments de vie, sous "l’égide" d’un écrivain qui était là pour coordonner, mettre en forme parfois, mais non pour réécrire.

Puis ces tranches de vie sont devenues spectacle avec l’aide d’un metteur en scène et d’un scénographe du théâtre Incarnat. Quatre représentations ont eu lieu en mars 1999, dans des conditions professionnelles avec un vrai souci de qualité artistique. Ces mêmes soirs, à la suite de "Écoute Bernadette", le théâtre Incarnat présentait sa propre création, "Les Plus Grands Mots", une pièce de l’auteur suédois Torgny Lindgren. Le public, peut-être d’abord venu applaudir les habitants de la ville devenus auteurs et acteurs pour la circonstance, découvrait aussi un auteur de théâtre, entendait une autre parole.

Après les représentations, le bar prolongeait la soirée autour d’un verre, facilitant ainsi l’échange entre le public, les artistes et l’équipe du centre culturel.

Dans cette même optique, le centre a pour projet, à partir de l’année 2000, d’ouvrir le bar une fois par mois, en proposant des petits spectacles dans les différentes salles. C’est ainsi que les rencontres peuvent avoir lieu, qu’un public se constitue.

- La diffusion vers tous les quartiers

Une autre préoccupation forte du centre culturel est l’ouverture sur l’extérieur. Après avoir longuement travaillé à la réappropriation du lieu par les habitants du quartier, l’équipe ne souhaite pas contribuer à son propre enfermement dans la cité. Il s’agit aussi d’opérer un rayonnement sur d’autres quartiers dont le centre-ville, en décentralisant peu à peu certaines actions. õ titre d’exemple, citons les concerts de musique du monde qui se tiennent dans une salle située aux Quatre Routes. Enfin, une collaboration se met en place avec le conservatoire de musique de Saint-Denis pour une ouverture sur les quartiers : travailler avec les enfants dans les centres de loisirs, sur leurs lieux de vie, aller à leur rencontre. õ terme, l’un des objectifs est de leur donner envie de venir au conservatoire.

Un travail avec le conservatoire national de région est également en cours pour initier un centre de ressources. Il serait destiné à tous les amateurs, qui disposeraient ainsi d’un lieu où ils pourraient rencontrer des musiciens, exercer leur pratique à un haut niveau, trouver de la documentation...

A propos de la destruction de la barre Renoir

Très fortement inscrit dans le territoire, c’est tout naturellement que le centre culturel s’est rapproché du Grand projet urbain lorsqu’il a été question de la démolition de la barre Renoir. Il leur semblait évident qu’il leur fallait accompagner et précéder la chute de la barre. Accompagner surtout le travail de deuil que tous ces habitants allaient devoir faire, certains vivant là depuis la construction de l’immeuble dans les années soixante.

Un travail iconographique s’est peu à peu mis en place. Il a fallu du temps pour vaincre les réticences, les résistances des habitants qui n’avaient pas envie de se sentir observés de cette façon. Au fil du temps (un an de travail), les photographes ont pu gagner la confiance des gens. Peu à peu, les habitants ont ouvert leurs portes, puis leurs albums photos personnels et les photographes ont fait connaissance avec leur parcours de vie.

Pour organiser l’exposition, il fallait être au plus près de la population, au plus près de sa véritable mémoire. Ainsi, c’est dans un appartement de Renoir, un F3 reconstitué dans le centre culturel pour la circonstance, que l’exposition a pris place, mêlant les photos d’albums collectées au cours de cette année aux photos professionnelles pour lesquelles les habitants avaient bien voulu poser.

Ces photos laissaient découvrir des fragments de vie, des parcours, la beauté des intérieurs en contraste avec l’image que l’on peut communément avoir de cette barre. Cette exposition devrait "voyager" dans le département et revenir au centre culturel en décembre 1999.

L’idée de ce travail était de revaloriser les habitants à leurs propres yeux et, par là-même, leur rendre une identité aux yeux des autres.

La deuxième phase du travail porte sur l’écrit. Collecter des éclats, des bribes de mémoire, "la mémoire des habitants de Renoir", projetant leur vie jusqu’à l’heure de la démolition. Des extraits de ces récits de vie sont repris sur des cartes postales éditées et diffusées par le centre culturel qui espère à terme pouvoir publier un livre regroupant l’ensemble des textes et photos, destiné aux habitants de Renoir, comme un hommage à leur mémoire.

Dans le tramway, une habitante de Renoir racontait à son amie qu’elle avait remisé au fond d’un placard les outils de son mari, seuls objets qu’il lui avait laissés en la quittant. Elle concluait son histoire par ces mots : "Je laisse tout là, enfoui, ça tombera avec Renoir."

Le deuil fait son chemin...

Mots-clés

création artistique, théâtre, mémoire collective, identité collective, histoire, logement, logement social, transformation urbaine


, France, Seine-Saint-Denis, La Courneuve

Notes

A lire : Lejarre André, Pasquiers Olivier, Thiéry Fabienne, La Courneuve, rue Renoir... avant démolition, Paris, Le Bar Floréal Édition, 2000.

Contact : Didier Robbe, Centre culturel Jean-Houdremont, 11 av. du Général Leclerc, 93120 La Courneuve, Tel 01 49 92 61 61.

Le Bar Floréal, 43 rue des Couronnes, 75020 Paris, Tél : 01 43 49 55 22.

Cette fiche a été réalisée lors d’un cycle de qualification de Profession Banlieue qui a donné lieu à une publication "Les enjeux culturels de la politique de la ville" paru en 1999.

Source

Personne ressource

Profession Banlieue - 15 rue Catulienne, 93200 Saint-Denis, FRANCE - Tél. 33 (0)1 48 09 26 36 - Fax 33 (0)1 48 20 73 88 - France - www.professionbanlieue.org - profession.banlieue (@) wanadoo.fr

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