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L’immigration des autochtones équatoriens en ville

Aida Flor CONSUELO PEREZ

07 / 2001

Le développement durable des villes mérite d’être considéré dans des pays défavorisés tels que l’Equateur, sous l’angle des impacts socio-économiques et culturels de l’arrivée de populations autochtones en zone urbaine. En particulier, il s’agit ici des indigènes de la Sierra et de l’Amazonie équatoriennes. A Quito, à Guayaquil, mais aussi dans des villes moyennes (Santo Domingo, Machala, etc.).

En terme d’impact négatif, d’entrée de jeu, on observe l’exclusion des indigènes par les autres habitants de la ville et leur propre auto-exclusion en raison de leur faible capacité d’intégration (un mode de vie rural où ils étaient bien intégrés rend difficile leur adaptation à un mode de vie urbain : mobilité urbaine, nécessité de chercher du travail, de faire des achats, de trouver un lieu où loger. Ensuite, on mesure l’impact sur leur vie de la destructuration familiale. Il faut savoir que les hommes émigrent d’abord vers la ville, ce qui signifie l’abandon pour la région rurale de la principale force de travail agricole et la surcharge de travail qui va s’imposer aux femmes. Celles-ci doivent s’occuper seules de la survie économique et de la reproduction socio-culturelle de la famille: éducation des enfants, tâches par rapport à la communauté, chaque famille ayant un rôle spécifique à jouer dans la communauté indigène. Pendant la période où les femmes sont toujours à la campagne, les hommes reviennent de temps en temps dans la communauté indigène pour aider aux semailles et à la récolte. Autre impact négatif par rapport à leur insertion dans la ville elle-même: très fiers d’être reconnus à la campagne, voici que, implantés en ville, l’auto-estime se voit dévalorisée. Les immigrants indigènes pensent qu’ils sont rejetés et de grands conflits psychologiques surgissent parmi eux. Le fait d’être isolés en ville, puisqu’ils n’appartiennent plus à leur communauté indigène d’origine, les conduit à vivre des conflits culturels et ethniques graves. N’appartenant plus à une même communauté ethnique, ils éprouvent des difficultés pour leur habillement, le façon de parler et de trouver un travail qui corresponde aux pratiques urbaines.

Lorsque l’indigène peut trouver un travail en ville, se manifeste en revanche des impacts positifs. Il devient un soutien important pour la famille, car aucune comparaison ne peut se faire entre le revenu urbain et le revenu agricole, lequel est infiniment inférieur à celui de la ville. De plus, de nouvelles capacités productives, liées aux adaptations urbaines, surgissent, ainsi que des créativités marquant l’espace de l’informel, lequel est très important sur le plan économique. Avec l’arrivée des enfants en ville, se présente pour eux de meilleures opportunités éducatives et, pour la famille regroupée, de meilleurs accès aux services publics (eau potable, électricité).

L’intégration, dans un cadre de vie durable, doit miser sur ce qu’en quechua on appelle la « minga », c’est-à-dire le travail collectif. La co-expertise scientifique et participative joue ici son plein rôle car il s’agit, pour des planificateurs et des urbanistes et autres professionnels et experts de la ville, de créer des zones d’influence où les indigènes puissent eux-mêmes construire un milieu qu’ils souhaitent aménager pour eux. En travail collectif, ils construiront leur école, une maison communale, une église, tous éléments importants pour qu’ils puissent retrouver la vie en communauté et bénéficier en même temps d’une vie municipale les dotant des bienfaits des services publics.

Ainsi, observe-t-on que les métis vivant dans les banlieues s’organisent de plus en plus pour épargner l’argent afin de construire leur maison. Ils développent des projets culturellement caractérisés pour mettre sur pied des gardes d’enfants et aménager, dans la diversité, un quartier où ils retrouvent de l’auto-estime et des cadres de vie communautaire viable.

Mots-clés

exode rural, exclusion urbaine, ville, Etat et société civile, politique agricole, participation communautaire


, Équateur, Amazonie, Quito, Guayaquil

dossier

Exclusion et fragmentation urbaine

Commentaire

Au regard des impacts négatifs très importants, une politique de développement durable dans un pays ou une région est de ne pas trop favoriser l’émigration des campagnes en favorisant des capacités de production agricole, d’auto-subsistance, et une production destinée au marché interne. Ce qui implique, pour une Etat et les autorités officielles, la mise en place de politique agricole avec discrimination positive en matière de crédit, de lutte contre la privatisation de l’eau, qui constitue en matière de politique équatorienne la tendance dominante officielle. En même temps qu’une politique agricole, il s’agit de favoriser une politique environnementale qui empêche la déforestation et la diminution des pluies et qui garantisse la préservation des sources d’eau.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

A. Flor de Consuelo Perez, PRELUDE, Los indigenas ecuatorianos. El paso de lo rural a lo urbano, Georges Thill, 2001 (Belgique), 41-43, p.343-352

Prélude International (Programme de Recherche et de Liaison Universitaires pour le Développement) - Facultés universitaires, 61 rue de Bruxelles, 5000 Namur, BELGIQUE - Tél. 32 81 72 41 13 - Fax 32 81 72 41 18 - Belgique

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