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La danse de la vie

Une lecture du livre d’Edward T. Hall

Claire BARTHÉLÉMY

12 / 2006

La thèse principale de La danse de la vie d’Edward Hall est que le temps appartient au niveau culturel primaire. C’est-à-dire aux « données fondamentales qui structurent notre mode de pensée et nous fournissent des ensembles d’hypothèses de base pour arriver à la ‘’vérité’’ ». Ce sont selon lui des règles intériorisées, essentiellement non verbales et donc très résistantes.

Il faut connaître ces règles pour éviter de les violer et de provoquer des incidents voire des conflits.

Or Edward T. Hall distingue deux grandes traditions liées au temps dans le monde contemporain. La logique linéaire, occidentale, dirigée vers l’extérieur, et la philosophie bouddhiste zen, basée sur une grande discipline et tournée vers l’intérieur. L’auteur reprend la thèse développée dans Au-delà de la culture : pour faciliter les rapports humains, il faut se défaire de l’emprise de la culture.

Edward T. Hall fait ensuite plusieurs développements sur la synchronie et le rythme. Il se base notamment sur les travaux de William Condon.

Dans son analyse de la synchronie entre les individus, qu’il constate par exemple très forte au Japon, il introduit un rapport étroit du temps avec l’espace ; il présente par exemple l’analyse d’un petit film où une femme américaine pointe du doigt une indienne avec qui elle parle sur un marché et décortique le rapport au temps et à l’espace de ces deux « personnages ». Cette analyse a nécessité de voir le film des milliers de fois, il s’agit donc d’une observation de détails infimes.

Le rythme est l’élément fondamental de la synchronie. Pour Edward T. Hall, il est à la source de l’amour, de l’entente, de l’accord, de la tranquillité, mais aussi peut-être de la dépression, qui pourrait selon lui venir d’un manque de synchronie. Il fait aussi des observations sur la musique, qui pour lui est un « consensus rythmique constitutif de la culture profonde d’un peuple ». Il observe la cadence des jeux d’enfants dans une cour de récréation, qui sera plaquée exactement sur un morceau de rock. Cela pose la question de la création artistique : quelle peut être la part d’imagination dans une théorie basée sur le rythme et la synchronie enracinés culturellement ?

Il distingue en conséquence de ces observations diverses le système monochrome (anglo-américain), individualiste, dans lequel tout est compartimenté : on ne se mêle pas de la vie des autres, et le système où la synchronie est plus forte, et donc la sensibilité aux humeurs des autres. Cela peut conduire une personne par exemple à retenir ou au contraire dans le second cas à exprimer tout de suite ses griefs. Il se demande alors, au-delà de la culture, si les modèles rythmiques ne pourraient pas être les aspects fondamentaux de la personnalité de base différenciant un individu de l’autre. L’une des « dimensions » de l’être humain que Hall s’ingénie à étudier et à décrire.

En conclusion, cet ouvrage a la prétention d’ouvrir le champ de la « science du temps ». Edward T. Hall espère qu’il prendra de l’ampleur. Il reste beaucoup de recherches à faire sur le temps comme organisateur de la vie.

Mots-clés

comportement culturel, dialogue interculturel, identité culturelle, anthropologie

Source

Livre

HALL Edward T., La danse de la vie. Paris : Seuil, 1992. Collection Points Essais. 279 p.

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