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Un mouvement de consommateurs est né

Les villages népalais se connectent au réseau électrique et gèrent leur propre approvisionnement

Aditya BATRA

05 / 2010

A travers le Népal, près de 420 groupements d’usagers de l’électricité, de coopératives et de comités travaillent pour étendre le réseau électrique national dans les villages. Ils prennent en charge la distribution de l’électricité, l’entretien et les services aux clients. Ensemble, ils ont électrifié 176.000 habitations rurales et 90.000 sont en attente d’électrification, selon la Nepal Electricity Authority (NEA) . Ces chiffres sont significatifs car 70% du Népal rural n’est pas connecté au réseau électrique national.

L’essentiel de cette extension a eu lieu en moins de quatre ans depuis qu’une poignée de groupements d’usagers a formé en 2005 l’Association nationale des Usagers communautaires d’Électricité du Népal (NACEUN). Elle compte maintenant 202 membres. Elle a fait plus que doubler le taux d’électrification des services gouvernementaux, et ce malgré le conflit maoïste qui a ravagé le pays.

La NACEUN aide ses membres à renforcer leurs propositions techniques et financières à la NEA et les forme à la mise en place des installations électriques dans les maisons, aux mesures de sécurité et à la tenue d’un registre des comptes. En tant que mouvement de consommateurs, l’association est devenue un acteur clé dans le plaidoyer pour l’évolution de la loi dans le sens de la défense des intérêts et des droits des usagers au Népal.

Lors d’une réunion récente du conseil d’administration, les membres ont voté la création d’un fonds afin de faire passer la production d’électricité de 1 MW à 5MW.

Le directeur de la NACEUN, Dilli Prasad Ghimire, rappelle comment le partenariat entre les communautés et le gouvernement a commencé : « J’étais déterminé à apporter l’électricité à mon village de Sankhu, à 66 km de Katmandou », dit-il. C’était en 1993 et après de nombreuses visites en vain au bureau de la NEA à Katmandou, les membres de 19 comités de développement villageois du district de Lalitpur Sud se sont organisés en un « Comité du Mouvement d’Électrification rurale de Lalitpur Sud ».

« Nous avons proposé ce que nous pensions être une formule gagnante : nous contribuerons à la moitié des coûts d’électrification de nos villages », dit Ghimire.

La part de la communauté s’est élevée à 35 lakhs (1) de roupies népalaises. Pendant plusieurs années le projet est resté dans les limbes « car il n’y avait aucune loi ou politique permettant de fournir de l’électricité dont la distribution serait gérée par la communauté ». Un tel dispositif est devenu le cri de ralliement du mouvement.

Ghirime se souvient du coup de fil passé à Dipak Gyawali, alors Ministre des Ressources en Eau qui gérait aussi le portefeuille de l’énergie et siégeait au conseil d’administration de la NEA. « J’ai dit à son secrétaire de dire à Gyawali ji : ‘Nous avons besoin d’électricité’ », se souvient Ghimire. Gyawali a rappelé le lendemain en demandant de faire une visite guidée de Lalitpur Sud. Impressionné par les ambitions et les projets du mouvement, Gyawali a rapidement mis en place un comité pour passer en revue l’électrification et la distribution rurales conduites par les communautés dans le pays. Ghimire a été nommé comme membre du comité. Les arrêtés ont été finalisés et actés en février 2003.

Gyawali considère ces arrêtés comme l’une des grandes réussites de son ministère et il est aujourd’hui membre du conseil d’administration de la NACEUN. Il se souvient de l’anxiété que les procédures ont parfois causé aux bureaucrates. « Les arrêtés ont été réécrits 27 fois et j’ai insisté pour qu’ils soient placés en haut de l’ordre du jour à chaque réunion », dit Gyawali en riant.

Catalyseur clé

L’arrêté sur la distribution communautaire d’électricité 2060 (Community Electricity Distribution Bylaw 2060) de février 2003 autorise tout groupement, entreprise, association, comité, coopérative ou association d’usagers, dont les statuts doivent être amendés, à distribuer de l’électricité à ses membres. La même année, le Département d’Électrification rurale communautaire (Community Rural Electrification Department, CRED) a été créé sous la NEA pour mettre en Ĺ“uvre l’électrification communautaire.

Le premier projet d’extension du réseau à Lalitpur Sud était sur le modèle 50/50 où la communauté participe à la moitié des frais. Plus tard la NEA a augmenté sa contribution à hauteur de 80%. Aujourd’hui la Coopérative d’Électricité Rurale de Lalitpur Sud (créée en 2000) couvre 19 comités de développement villageois et distribue de l’électricité à 2.321 habitations, soit un quart des habitations du district.

La coopérative offre un exemple clair de la manière dont l’électricité peut être le moteur de l’économie locale. Elle dispose de 37 sous-comités qui récoltent activement les fonds pour l’extension du réseau dans le district. Les principaux consommateurs sont un centre de télécommunication et trois usines de conservation du lait. Selon une étude des chercheurs de l’Université de Cambridge, A. Yadoo et H. Cruickshank, devant être publiée dans la revue Energy Policy, la coopérative complète ses revenus tirés du paiement des factures avec la vente de fils et d’appareils électriques achetés à prix de gros auprès des fabricants.

Les paiements d’intérêt d’un projet de micro-finance qui vise les foyers pauvres et les projets de génération de revenus et d’amélioration des conditions de vie sont une autre source de revenus. L’étude montre qu’entre 2005 et 2008 les micro prêts ont été les catalyseurs à eux seuls de 167 mètres de connections, 237 petites entreprises (outillage de menuisier, élevage de volailles, unités d’irrigation et une unité communautaire de conservation du lait) et de la construction de 23 unités de biogaz.

Ce mouvement de consommateurs émergent est très efficace. Trois ans après que l’extension du réseau par la communauté a démarré, les manques à gagner ont diminué grâce à une baisse des fraudes à l’électricité et des retards de paiement. Par ailleurs le coût du service est plus bas que les services gouvernementaux, les services sont rendus rapidement, tandis que l’accent mis sur le fait de trouver des activités liées à l’électricité signifie que des groupes d’usagers ont déjà un compte créditeur, disent certaines personnes liées à cette initiative.

Les coûts sont moindres quand les communautés prennent en charge l’électrification. Ratna Sansar Shrestha, un analyste de l’eau et de l’énergie, a étudié les chiffres : le coût de connexion par habitation est trois fois plus faible quand les communautés sont impliquées, environ 100$ US contre 300$ US via les services gouvernementaux. Une des raisons du plus faible coût est que la NEA paie les installations de plus grande capacité tandis que les lignes de transmission de faible capacité et les sous-stations sont à la charge des groupements d’usagers.

Un réseau « communautarisé »

« L’idée », dit Gyawali, « était de démocratiser le réseau ; en fait, de le communautariser pour assurer le contrôle, l’usage et l’accès à l’électricité dans les régions rurales. » C’était plus que du « dégroupement » ou que casser le monopole gouvernemental vertical de production, de transmission et de distribution d’électricité. Il s’agissait de le pluraliser en amenant la distribution communautaire à équilibrer les intérêts privés, commerciaux et étatiques, à amener en quelque sorte une démocratisation fonctionnelle.

Les groupements d’usagers d’électricité sont un ajout récent à une longue liste d’actions de développement conduites par les communautés, de la puissante fédération des groupements d’usagers de la forêt (la FECOFUN comprend à elle seule 11.200 groupements représentant 8 millions de personnes à travers le Népal), aux associations d’usagers de l’eau (NFIWUAN compte 2.139 associations), groupements de mères, groupements d’usagers d’installations sanitaires et radios communautaires.

Le mouvement fait encore face à des épreuves difficiles. L’une d’elle est l’opposition des syndicats de la NEA qui craignent de perdre des emplois avec la participation communautaire. Deuxièmement, les coopératives qui grandissent trop et trop rapidement reproduisent les déficiences des services centralisées qu’elles visent à remplacer. Troisièmement, comment répondre aux besoins urgents dans un réseau déjà surchargé. L’implication de la communauté doit aussi faire sens financièrement.

« Le projet 20/80 est peut-être le plus grand programme de développement du pays aujourd’hui », dit Kishore Thapa, secrétaire de la Commission de l’Eau et de l’Énergie, l’institution gouvernementale chargée de ces affaires. « Il est très populaire dans les communautés rurales et le gouvernement essaie de faciliter le processus ».

Thapa dit que le gouvernement a mis de côté 1 milliard de roupies népalaises par an comme subvention destinées aux communautés qui ne parviennent pas à payer pas leur contribution au projet.

(1) 1 Euro = 90 roupies népalaises et 1 lakh = 100.000

Mots-clés

électricité, développement rural, société civile, relations secteur public secteur privé


, Népal

dossier

Quand les villages se branchent au réseau : l’électrification rurale au Népal

Notes

Lire l’original en anglais : A consumer movement is born

Traduction : Valérie FERNANDO

Lire les autres articles du dossier de Down To Earth :

Source

Articles et dossiers

Aditya BATRA, A consumer movement is born, in Down To Earth, 15 mai 2010

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