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“Il n’y a plus de place pour la voiture”

Arushi MITTAL

05 / 2011

Peter Newman, militant écologiste australien et professeur de développement durable à l’Université Curtin de Perth, aime les rues indiennes. Il parle de son expérience des villes indiennes à Arushi Mittal.

Quelles sont vos observations concernant les villes indiennes?

Je suis issu d’une école de pensée qui aime les villes, et pour moi, une rue indienne est fascinante. Il y a tellement d’usagers différents : des charrettes tirées par des bœufs, des vendeurs de nourriture, des mendiants, des cyclistes et des voitures. Je comprends en quoi les voitures sont nécessaires à la vie citadine, mais elles ne doivent pas la dominer. Si vous autorisez les voitures à circuler tout le temps, des dysfonctionnements apparaissent très vite. Je pense que les rues indiennes sont désormais saturées de voitures. Il n’y a plus de place pour la voiture.

Il est évident que nous avons besoin de nouvelles solutions, les Indiens le voient. Pourtant, tous les ingénieurs en trafic routier tentent d’un côté de mettre au point des bretelles pour accélérer la circulation, même si de l’autre côté tout ralentit à nouveau jusqu’à l’arrêt complet.

Quelle a été votre expérience à Pune, Mumbai, Bangalore et Delhi?

De façon générale, je pense que les villes indiennes sont prêtes pour le changement. Les gens reconnaissent qu’il y a trop de voitures. Mais il est encore difficile de les convaincre d’abandonner leur voiture. Je me suis engagé à résoudre ce problème, c’est pour cela que j’ai prévu de revenir l’année prochaine pour tester des solutions visant à étendre les transports publics dans des villes comme Pune.

Les villes indiennes sont-elles préparées pour ce changement?

Les autorités sont informées sur les transports urbains durables, les véhicules électriques, l’utilisation du gaz naturel comme carburant et la nécessité que représente le transport public pour les villes indiennes. Nous devons donc essayer des moyens de transport autres que la voiture et s’assurer qu’ils sont utilisés par tous.

Sur quoi devrions-nous miser: le métro, les bus ou les autres modes de transport non-motorisés (TNM) ?

Un métro ne peut pas fonctionner correctement tant qu’il n’y a pas de zones piétonnes bien aménagées autour des stations. Les modes de transport non-motorisés méritent qu’on y prête attention, mais ils ne peuvent pas remplacer la voiture. Je pense qu’il faut attaquer le problème des voitures en mettant au point un réseau de lignes de métro satisfaisant qui laissera ensuite plus de place aux modes de transport non-motorisés.

Laisser plus de place aux piétons est une priorité majeure en ce qui concerne les routes indiennes. J’ai moi-même pris des photos de routes où il n’y a pas de trottoirs, les piétons doivent alors s’imposer face au trafic de voitures. Cela ressemble beaucoup à un sport de combat.

Le métro de Delhi mérite-t-il tous les éloges dont il fait l’objet alors qu’il ne fonctionne pas au maximum de ses capacités?

Ce qui est génial avec le métro c’est que vous pouvez constamment l’étendre. Vous pouvez avoir un train qui arrive toutes les 30 secondes et qui emmène 1000 personnes, l’équivalent de 8 à 10 voies de circulation. C’est ce qu’ont choisi beaucoup de villes japonaises.

Comment éviter le problème des intérêts personnels en matière de Transit Oriented Development (TOD) ?

C’est un problème dans toutes nos villes. Il faut des logements à prix abordables à proximité des stations de train, et pour cela nous avons besoin de mesures réglementaires. Par exemple, à Vancouver, on a deux mesures de développement liées au principe de transport collectif (TOD) : les logements sociaux doivent constituer 15% du développement. Ils sont ensuite achetés par des sociétés coopératives ou par le gouvernement et 5% de la valeur de la propriété est utilisé pour la construction d’infrastructures sociales. Et puis il y a ceux qui ne veulent pas prendre les bus. Ils préfèrent marcher ou utiliser le vélo. Vancouver est une des rares villes qui veut accroitre sa densité et a déjà constaté une baisse de l’utilisation des voitures de 30%.

Comment convaincre le public d’accepter le changement?

C’est une question politique délicate qui doit être défendue fermement dans chaque ville. Il n’existe aucune ville dans laquelle vous pouvez simplement prendre un peu de l’espace qui était attribué aux voitures. De telles actions seront toujours contestées. Les lobbies automobile et routier sont très puissants et ils se battent constamment pour l’emporter, même s’ils reculent de plus en plus. Au volant, nous avons une perspective de la vie bien égoïste, et cette vision d’une circulation fluide et agréable n’est qu’un mythe.

Comment voyez-vous le futur?

Je pense que dans les dix prochaines années nous aurons des villes en grande partie renouvelables. Elles nous épateront par leur capacité à réduire les émissions de carbone en réduisant le nombre de voitures et en développant les véhicules électriques. C’est mon rêve aujourd’hui et il me semble réalisable. D’ailleurs, ce n’est plus seulement un rêve, c’est à notre portée, nous en voyons les premiers traits se dessiner à l’horizon.

Mots-clés

ville, aménagement urbain, transport urbain, transport, infrastructure des transports


, Inde

Notes

Lire l’article original en anglais : ‘No room left for the car’

Traduction : Julie PAULINI

Source

Articles et dossiers

Arushi MITTAL, ‘No room left for the car’, in Down To Earth, May 15, 2011

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