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Les activités du PRATEC : la revalorisation des cultures andines pour un développement endogène

Annik OLLITRAULT BERNARD

05 / 1993

Le PRATEC (Proyecto Andino de Tecnologías Campesinas), créé en juillet 1988, est une petite ONG péruvienne (3 personnes)qui a débuté par une recherche et une capitalisation des technologies paysannes, ces dernières ayant subi une érosion et une dispersion du fait de la colonisation. Le but principal de ces activités est de favoriser les échanges entre communautés paysannes (enrichissement mutuel)comme alternative autonome de développement. Ce n’est plus seulement "sauver" des techniques ancestrales - attitude passéiste et romantique- mais contribuer sur cette base à une évolution des mentalités autour des activités productives, de la réflexion générale sur les systèmes officiels de recherche, d’éducation, de formation. Le PRATEC s’attache particulièrement à former et suivre des équipes de professeurs universitaires qui ont opté pour l’"andin" et se sont engagés à contribuer à la modification des cursus universitaires des facultés qui le souhaitent.

Le PRATEC ne veut absolument pas former un "réseau andin" : le système andin comprend des lieux, des modes de vie, des environnements, des ethnies, etc. très variés et un réseau finit toujours par imposer des objectifs, des méthodes de travail, une normalisation homogénéisante, une recherche de "conclusions", de "systématisation", de synthèse, bref, tout ce qui fait abstraction de la vie. Le PRATEC prétend simplement que chacun doit apprendre de l’autre ce qui peut l’enrichir et lui être utile.

Depuis 1989, la raison d’être du PRATEC est de contribuer à animer un processus d’affirmation de la culture andine par la valorisation des savoirs traditionnels et leur réappropriation par les populations. Il n’agit pas de façon systématique mais en s’imprégnant au contact des paysans andins, en s’impliquant sans réserve dans ce mouvement de "décolonisation" chaque jour plus fort, solide et efficace. Ce mouvement culturel andin ne peut être réduit à des dimensions militaires, politiques ou sociales, mais constitue un mouvement holistique, culturel et de profonde religiosité dans lequel le PRATEC s’investit en s’efforçant de susciter une réflexion permanente sans jamais se placer dans une position de leadership.

Dans les universités, le constat est fait qu’il y a un abîme entre l’enseignement et le quotidien sur le terrain; que les étudiants, au sortir de l’université, sont incapables de produire eux-mêmes de quoi se nourrir, tout simplement. Or, la majorité d’entre eux sont fils et filles de paysans (surtout dans les universités de province)et ils entreprennent ces études supérieures pour contribuer à l’amélioration de la vie de leur communauté...

Le PRATEC a donc entrepris de renforcer la connaissance des étudiants par des formations sur la culture andine. Les résultats sont probants: plusieurs étudiants ont pu créer des associations paysannes à Cajamarca, Puno et Ayacucho. Le PRATEC accompagne ensuite ces associations qui essaiment à leur tour. Quelques-uns de leurs objectifs:

  • récupération des vallées irriguées

  • récupération des hauts plateaux et là où il y avait seulement des pâturages, réintroduction de potagers

  • remise en service des calendriers traditionnels

  • reprise de l’élevage des alpagas et lamas

  • amélioration des chemins vicinaux

La réalisation de ces objectifs devrait permettre de renouer avec la tradition de rencontres interethniques (interculturelles)qui a disparu avec la colonisation. Ces rencontres étaient autrefois l’occasion d’apaiser les éventuels conflits (fonction de régulation)et d’échanger des pratiques, des savoirs, etc. L’échange était cumulatif et non réducteur : l’identité culturelle de chacun était préservée, la connaissance des pratiques de l’Autre était vécue comme un enrichissement de ses propres savoirs.

Le PRATEC entend respecter les façons de faire des uns et des autres, les gens comme les champs étant tous différents, mais tous solidaires pour les travaux d’intérêt commun. Le PRATEC est là pour accompagner, non pour ordonner (commander mais aussi "mettre en ordre"). Son "credo": un jour viendra où le paysage, la fertilité des sols, la remise en état des terrasses et des systèmes d’irrigation amèneront un mieux-vivre. En recréant la nature petit à petit, de nouvelles formes de vie naîtront qui amélioreront le rapport homme/nature et donc le rapport homme/homme.

L’échange entre les universités maintenant existe et les paysans à leur tour sont demandeurs de rencontres interpaysannes.

Mots-clés

formation, identité culturelle, tradition et modernité, université, valorisation des savoirs traditionnels


, Pérou, Bolivie, Chili, Pays andins, Hauts Plateaux Andins

Commentaire

Les universités du Nord auraient tout intérêt à s’intéresser, voire à s’inspirer de ce type de démarche, qui est par ailleurs difficilement finançable par les bailleurs de fonds classiques et met un certain nombre d’années avant de sortir de l’échelle confidentielle...

Notes

Cette fiche a été rédigée à partir d’une somme d’entretiens, de lectures, courriers... effectués dans le cadre du suivi du projet à la FPH.

Source

Présentation d’organisme

OLLITRAULT-BERNARD, Annik (PEROU)

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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