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Aucun enfant n’a choisi de naître dans un camp ou dans l’autre

Claire MOUCHARAFIEH

03 / 1994

Les ONG spécialisées sur les problèmes de l’enfance n’ont pas attendu la ratification de la Convention des Droits de l’Enfant pour agir sur le terrain, mais elles ont oeuvré pour cette ratification.

"La Voix de l’Enfant" est une fédération de 42 associations ayant toutes l’enfant pour préoccupation commune. Certaines travaillent en France sur les problèmes de mauvais traitements, d’abus sexuels, de rattrapage scolaire ou des droits de l’enfant en général; d’autres travaillent à la fois en France et à l’étranger. La majorité intervient cependant à l’échelle internationale, essentiellement dans le domaine de l’éducation, la scolarisation et la santé. Parmi ces dernières, plusieurs ont pour vocation de ne travailler qu’avec les réfugiés (Enfants réfugiés du Monde, Enfants du Mekong, Handicap International, Partage).

En tant que fédération d’associations humanitaires et de développement, nous ne nous proclamons pas acteurs de paix,même si nous le sommes en acte. Lors d’une réunion sur la Convention des Droits de l’Enfant, plusieurs de nos associations ont réagi en faisant valoir qu’elles n’avaient pas attendu la ratification de la Convention pour appliquer et promouvoir le droit de l’Enfant à l’Enfance, qui est un préalable. Dans ce cadre, nous avons également oeuvré à la constitution de réseaux de solidarité entre les jeunes de pays en guerre et en paix, sachant qu’au travers ces échanges, on peut contribuer à construire la paix. "Droits de l’Homme et Solidarité", qui fait partie de notre Fédération, a développé notamment une formation à la médiation. Nous participons également à diverses instances, dont l’UNESCO, ou la Commission consultative des Droits de l’Homme, où nous menons un travail de réflexion.

Les nouveaux conflits régionaux

Les ONG de développement sont encore peu présentes sur le terrain des droits de l’homme. Bien qu’elles fassent un travail remarquable, elles n’ont encore trop souvent qu’une approche cloisonnée des besoins humains, qui comprennent aussi bien le droit à la sécurité, à l’intégrité, à la dignité, qu’au droit de participer à la chose publique.

Les nouveaux conflits de type nationalitaire et identitaire n’ont pas encore provoqué une révision de nos méthodes ou de notre réflexion mais ils ont eu un impact certain puisque depuis deux ans, nous sommes essentiellement mobilisés par l’ex-Yougoslavie. Des Bosniaques et des Croates nous ont interpellés, ont utilisé notre support pour créer leur association et travailler ensemble, si bien qu’aujourd’hui 5 associations travaillent ensemble sur l’ex-Yougoslavie, dont l’Association des Bosniaques de France et Enfants France Croatie-Bosnie... Ce groupe d’associations a été amené à intervenir directement dans des camps de réfugiés en Croatie et à participer à un certain nombre de manifestations et de débats.

Dans ce conflit, l’une des préoccupations de "La Voix de l’enfant" est le statut des réfugiés : beaucoup sont "illégaux", car non recensés parle HCR, et de ce fait ne reçoivent aucune aide internationale (pas d’accès à l’école, ni aux soins, ni à l’aide alimentaire). Ils peuvent être expulsés sans que personne ne le sache. L’impuissance de certains organismes de l’ONU favorise en quelque sorte l’agresseur. Sur l’illégalité des camps, "La Voix de l’Enfant" a saisi la Commission nationale consultative des droits de l’homme : pourquoi la France n’exige-t-elle pas du HCR un statut de réfugiés pour les populations de ces camps ? Ce type de problème existe ailleurs, par exemple sur la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Là, nous avons un rôle à jouer essentiel, d’abord auprès des instances compétentes, puis auprès des médias en cas d’insuccès.

Certaines prises de position sont plus significatives que d’autres: pour notre part, nous défendons, notamment, l’ouverture de l’aéroport de la ville de Tuzla, en Bosnie, qui est le symbole même de la coexistence entre les trois communautés. Un gros travail a été fait pour favoriser un dialogue, puis un rapprochement entre Croates et Bosniaques, à partir du travail éducatif mené avec les enfants, dans les camps de réfugiés et les villages. Nous sommes totalement disposés à engager la même démarche avec des enfants serbes, si cela se présente. Aucun enfant n’a choisi de naître dans un camp ou dans un autre. Le projet d’"Enfants Réfugiés du Monde" d’ouvrir une maison d’accueil des enfants à Zagreb est intéressant car il s’agira d’un lieu d’échange et de rencontre, conditions d’une réconciliation future.

Il faut être présent, mais ne pas forcer les choses. L’intervention de l’association "Partage" dans un camp de réfugiés en Croatie, au sujet des traumatismes de guerre, est un autre moyen de reconstituer des liens.

Notre vocation (le droit de l’enfant) facilite le choix de nos partenaires, même dans des conflits aussi atroces, à la différence peut-être d’autres ONG. "Faire avec et non pour", telle est notre démarche générale, tant à l’égard de nos partenaires que du rapport pédagogique à l’enfant. Nous essayons de ne pas nous en tenir à l’éducation et de prendre en compte toutes les dimensions de l’enfant, dans ses rapports interactifs avec son environnement. Nous sommes amenés à jouer de plus en plus un rôle de médiation. Toute perspective de construction de la paix s’inscrit dans la durée, doit construire des relais, ce qui malheureusement n’est pas le cas d’une profusion d’organisations humanitaires qui interviennent en période de conflit. Sur des situations d’urgence, il y a souvent un temps inutilement long entre l’aide d’urgence et l’arrivée des ONG de développement. La Voix de l’Enfant a pris conscience des effets pervers de ce vide et tente de réfléchir à des modes d’intervention "collés" à l’urgence mais dans un processus de construction. En Bosnie proprement dit, où il est difficile d’intervenir en raison des problèmes de sécurité et de communication, nos actions se réduisent à de l’aide d’urgence. L’association "SOS Enfants" tente cependant depuis peu de mettre en place des ateliers de production de femmes.

Les ONG souffrent du cloisonnement de leurs actions. Si toutes les associations françaises et anglo-saxonnes présentes à Sarajevo s’associaient pour dénoncer devant l’opinion publique l’encerclement de la ville par les Serbes et le blocage des accès et des sorties, nous pourrions arriver à quelque chose. Autrement dit, il faudrait que soient désenclavés les efforts de chaque ONG et qu’elles puissent oeuvrer davantage en concertation, pour une plus grande efficacité.

Mots-clés

enfant, droits des enfants, réfugié, guerre, médiation pour la paix, éducation à la paix, droit à la différence, décloisonnement des disciplines


, , Yougoslavie

dossier

Construire la paix : éléments de réflexion à partir des pratiques des organisations non gouvernementales et de quelques instances nationales et internationales

Notes

Contact : La Voix de l’Enfant, BP 301, 75464 Paris Cedex 10, FRANCE - Tél. : 01 40 22 04 22 - Fax : 01 40 22 02 90 - info@lavoixdelenfant.org - www.lavoixdelenfant.org

Source

Entretien

Martine BROUSSE est Secrétaire-générale de la Fédération de la Voix de l’Enfant.

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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