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Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Réalisé par RITIMO

09 / 1996

Les outils d’épargne et de crédit sont essentiels pour permettre aux populations à faible revenu d’accéder aux services financiers et d’engager un processus de développement économique. Leur essor et la diversité de leurs formes sont les éléments marquants des évolutions depuis les années 1980.

Leur émergence dans les pays du Sud est d’abord à situer dans une filiation historique des modèles nés à la fin du XIXème siècle dans les pays du Nord, en Europe avec Raiffeisen (Crédit mutuel, Caisses Raiffeisen) et en Amérique avec Desjardins (Caisses populaires). Ceux-ci orienteront directement les premiers réseaux de coopératives d’épargne et de crédit, avec, en Afrique, le Ghana (dès 1920), la Tanzanie (1955). En Afrique francophone, le démarrage sera plus tardif, au Cameroun avec les Credit Unions (1964) et les caisses de l’UCPY (1) (1971), au Togo les caisses de la FUCEC (2) (1967), les caisses de l’UCECB (3) du Burkina Faso (1971), les caisses populaires d’épargne et de crédit du Zaïre au Kivu (1972), les banques populaires du Rwanda (1975), les caisses rurales d’épargne et de prêts de Côte d’Ivoire (1976) et les caisses locales de crédit agricole mutuel du Bénin (1976). A partir du milieu des années 1980, une nouvelle vague touchera d’autres pays (Sénégal, Mali, Burkina-Faso, Congo, République centrafricaine, Burundi, Madagascar, Guinée Conakry).

Mais l’événement marquant des années 1980 sera celui de l’essor du modèle de la Grameen Bank (Bangladesh) qui rénove les pratiques en terme d’approche des populations les plus pauvres. L’approche par le crédit sans épargne préalable, bien adapté aux plus pauvres ne disposant pas d’épargne, suscite au départ des débats méthodologiques, mais finit par s’imposer et essaime sur tous les continents. On compterait plus de trente « réplications » du modèle aux Etats-Unis (Chicago, Arkansas), en Asie (Malaisie, Philippines, Indonésie, Sri Lanka, Népal, Inde, Chine, Vietnam et Cambodge), en Amérique Latine (Costa-Rica, Salvador, Pérou, Chili, Colombie). En France, l’ADIE (4) s’inspire de certains de ces principes.

La reconnaissance de ce type d’outil financier dans les politiques d’aide au développement est un autre élément marquant de ces dernières années. Les initiatives des bailleurs de fonds dans la promotion d’outils d’épargne et de crédit permettant un accès durable aux services financiers se multiplient. La dernière en date, celle de la Banque Mondiale qui vient, avec le CGAP (5), de constituer un groupe de donateurs (6), marque une évolution importante dans le soutien au développement des systèmes de micro finance en faveur des pauvres.

Toutefois, l’effort de développement de ces outils financiers et leur prise en compte accrue au niveau de l’aide au développement ne doit pas masquer les enjeux importants qu’ils représentent.

Depuis les années 1980, on a expérimenté dans les pays en développement des méthodes qui ont permis de diversifier les approches et de répondre ainsi à la multiplicité des contraintes des populations visées (coopératives d’épargnes et de crédit là où l’épargne existe, « réplications » du modèle de la Grameen Bank et systèmes de crédit solidaire inspirés de ses principes pour les plus pauvres, systèmes de financement spécifiques aux micro et petites entreprises, etc.). Des acquis notables en terme de méthodes en sont le résultat le plus marquant pour servir les développements ultérieurs.

Mais un enjeu important reste bien celui de reconnaître la diversité des situations et des besoins des populations. Le discours ambiant reste encore dominé par la collecte de l’épargne comme facteur essentiel d’un développement économique, même si la réalité est parfois contraire avec le constat des faibles disponibilités d’épargne ou son absence caractérisant les populations les plus pauvres. D’où l’attrait de formules inspirées de la Grameen Bank où le crédit précède l’épargne.

Un autre enjeu est celui de la durabilité de l’accès aux services financiers pour les populations à faible revenu. La pérennité des outils financiers mis en place n’est pas toujours assurée, les projets assurant la promotion de services financiers ont du mal à évoluer pour donner naissance à des institutions viables sur le plan de l’équilibre financier. A terme, c’est la crédibilité de ces outils qui est en cause.

Un troisième enjeu est celui de passer d’actions qui restent souvent largement à une échelle micro, touchant une population réduite, à l’élargissement géographique pour rejoindre une population accrue. L’observation montre que le taux de pénétration des services financiers auprès des publics visés reste faible.

Un quatrième enjeu est celui de la création d’un environnement institutionnel et réglementaire favorisant le développement des outils de financement adaptés aux besoins des populations. Avoir des politiques nationales reconnaissant leur place dans l’économie, susceptibles de stimuler leurs actions par des mesures appropriées, des réglementations bancaires prenant en compte leur spécificité reste un objectif à réaliser. La faible taille et l’impact encore faible de ces systèmes financiers, même s’ils sont aujourd’hui reconnus, ne leur permet pas encore d’influer sur la définition des politiques nationales.

Ce dossier présente des expériences couvrant le champ de l’épargne et du crédit pour les plus pauvres, des outils financiers d’appui aux micro et petits entrepreneurs ainsi que des analyses sur l’articulation entre les niveaux micro et macro économiques.

Yves FOURNIER, IRAM (Institut de Recherche et d’Application de Méthodes de Développement), septembre 1996

(1) UCPY : Union des caisses populaires de Yaoundé
(2) FUCEC : Fédération des Unions de caisses d’épargne et de crédit
(3) UCECB : Union des Caisses d’épargne et de crédit du Burkina Faso
(4) ADIE : Association pour le droit à l’initiative économique (articulée par le Crédit mutuel)
(5) CGAP : Consultative Group to Assist the Poorest – A micro finance program
(6) Comprenant 18 institutions d’aide au développement de divers pays représentant des engagements atteignant 200 millions de US$ sur ce programme

39 fiches

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